L'adaptation des riverains du Lac Tchad à la baisse des eaux : quelques précisions de la part des auteurs
Une fiche d'actualité scientifique sur le site de l'IRD (disponible à l'adresse suivante :
http://www.ird.fr/la-mediatheque/fiches-d-actualite-scientifique/392-lac-tchad-les-riverains-s-adaptent-a-la-baisse-des-eaux) a été reprise par plusieurs medias. Cela montre que le Lac Tchad intéresse ainsi que les travaux qui le concernent. Cette fiche scientifique fait suite à un travail publié dans la revue "Regional Environmental Changes", disponible par simple demande auprès des auteurs. La fiche scientifique a été rédigée en concertation avec les auteurs de la publication.
Les communiqués de presse ayant fait suite à la publication de cette fiche d'actualité nous incitent à apporter quelques nuances en précisant sur ce site les résultats de notre travail, l'objectif dans lequel il a été mené ainsi que notre attitude de chercheurs.
Nous avons travaillé sur une micro-région du Lac Tchad en rive nigérienne à l'embouchure de la rivière Komadougou Yobé, dans la région de Bosso et des polders dits de Boultoungour. Les lecteurs de ce blog connaissent bien notre enthousiasme pour cet endroit.
La publication originale montre comment en exploitant des techniques pour une large part déjà acquises, les agriculteurs - pêcheurs de cette bordure du Lac Tchad ont pu s'adapter à la baisse du niveau du Lac. Cet adaptation repose sur une double production agricole : la culture irriguée du poivron sur les rives de la rivière essentiellement pour la vente et l‘exploitation en décrue de dépressions ou polders situés dans le lit du Lac Tchad et au voisinage de l'embouchure de la Yobé pour l’autoconsommation et la vente. La pêche qui était naguère l’activité productrice de revenus est aujourd’hui marginale mais effectuée dès que les conditions le permettent.
Notre approche pluridisciplinaire a permis de mettre en lumière les ressorts dont les populations de cette petite région ont fait preuve à plusieurs reprises en s’adaptant aux bouleversements rapides de leur environnement et de leurs conditions de vie. La perspective du projet de déviation partielle de la rivière Oubangui pour restaurer le Lac à son niveau des années 60, solliciterait une fois encore les capacités d'adaptation des populations riveraines.
Autant nous pensons que les riverains du bord du Lac doivent être écoutés et leur systèmes d'adaptation, souvent très efficaces, mis en valeur, autant cela n'implique pas une prise de position de notre part vis-à-vis de ce projet de déviation. On peut poser en hypothèse que certaines productions agricoles seraient certes condamnées mais la pêche reprendrait son ancien essor. Cependant une telle prise de position ne pourrait être soutenue sans mener des études beaucoup plus exhaustives (par exemple dans la région des polders de Bol, dans le Nord du Cameroun ainsi que dans la région des grands projets d'agriculture irriguée au Nord Est du Nigéria) qui nous sembleraient indispensables dans le cadre des études d'impact en cours.









