Les premiers explorateurs arrivant sur les bords du Lac Tchad furent frappés par cette étendue d’eau sans limites, véritable
mer intérieure au milieu du désert. La persistance et la variabilité de cette véritable mer intérieure d’eau
douce ont très rapidement passionné les scientifiques.
Jusque dans les années 80 l’IRD (alors ORSTOM) a maintenu un centre de
recherches à N’Djamena. Maintenant, cette ville, idéalement placée pour l’étude du Lac est très largement inaccessible aux scientifiques pour cause d’instabilité. Depuis les années 2000 les
études reprennent à partir de Niamey (1400 km de routes pas toujours très bonnes pour arriver au lac).
Actuellement le CNRS l’ANR et l’IRD financent des programmes de recherches traitant de l’eau des hommes et du climat dans
cette région. Ces pages sont destinées à permettre l’échange d’information de tous type sur les
diverses opérations de recherche dans la région. Elles ne visent en aucun à remplacer les voies normales de la communication scientifique que sont les congrès, les rapports et les publications
internationales (avec Impact factor > 20, bien sur). Par contre, si vous trouvez un bon restaurant, un bon hébergement, un nouveau forage, ou bien
que vous êtes en admiration devant le gazon se développant sur les dunes en saison des pluies,
Les financements et les autorisations enfin disponibles, nous nous sommes tous rués pour une mission
commune en juin autour des villes de Diffa et Bosso.
Participants :
Marc Descloitres, Kostas Chalikakis, IRD/LTHE Grenoble (géophysique pour
l’hydrologie)
Mathieu le Coz, Guillaume Favreau, Monique Oï, Pierre Genthon IRD/HSM Montpellier – Niamey (eaux souterraines)
Jean Marie Ambouta Karimou, Université Abdou Moumouni (pédologie – agronomie)
Abdou Moumouni Moussa, Ministére de l’Hydraulique (hydrogéophysique)
Ainsi que Issoufou, Assan et Abdoulaye, nos trois chauffeurs, traducteurs et conseillers.
Galerie photo
Marc,
sérieux derrière ses instruments RMP
La pluie, enfin !
La
réfection du puits de l’école de Bagara
Un eldorado, le polder de Bosso !
Résultats : bientôt dans tous les bons congrès et les bonnes revues !
La case de passage du projet Lac Tchad : Enfin !
Elle n'est pas luxueuse, mais on y tient. Elle se constitue d'un séjour et de 3 chambres, le tout climatisé.
Elle vous accueille pour des séjours plus ou moins longs autour de Diffa. Elle est le
support idéal pour des séjours de longue durée par exemple au cours d'une thèse. Elle a été inaugurée par Pierre Genthon, Mathieu le Coz et Issoufou du 25 juillet au 8 aout 2008.
Comment ça marche ? Il y a un règlement intérieur, disponible sur demande et affiché dans chacune des chambres. Il vous faut d'abord contacter Pierre Genthon, qui centralise les reservations et
les communique à Issoufou le gardien de la case. Celui-ci a pour consigne de ne laisser entrer personne sans en avoir été informé au préalable. Désolé d'être un peu directif !
Il nous faut maintenant faire fonctionner cette maison au mieux. Et pour cela toutes vos suggestions sont les bienvenues.
Comment fournir un certificat d'hébergement? Le contrat de location interdit les hôtes payants, d'une part, et que d'autre part les sommes
récoltées repartiraient directement sur Marseille avec aucun espoir de les revoir.
Faut-il demander qu'une voiture du parc de Niamey soit laissée à Diffa de manière permanente ?
Nos crédits de recherche peuvent-ils servir à meubler cette case ? Comment procéder en pratique ?
Faut-il construire un espace de stockage pour le matériel ? En aucun cas le séjour n'est destiné à stocker du matériel !
Si vous avez quelques romans, DVD, ou journaux à laisser sur place, ils sont les bienvenus. Les soirées sont longues à Diffa et on ne peut
travailler en permanence.
Une cérémonie d'inauguration ? Quand et qui inviter ?
Enfin, rendez vous compte de l'état actuel de la case (travaux prévus d'ici fin aout). Vous noterez certains
occupantsun peu désagréables en saison des pluies.
Les modèles les plus théoriques se nourrissent de données qu’il faut bien aller chercher à la force du poignet. Mathieu s’intéresse pour sa thèse à la structure sédimentaire dans la vallée de la rivière Komadougou Yobé. La
tarière motorisée lui fournit l’outil nécessaire pour prélever et analyser les sédiments du sous sol. Même si c’est le moteur qui fait tourner la
tarière, il en faut de l’énergie pour aller prélever jusqu’à une dizaine de mètres de profondeur.
L’outil de forage lui-même souffre un peu et doit passer en réfection chez le forgeron.
L'hivernage correspond à la saison des pluies. Ces deux dernières
années, les pluies ont été particulièrement abondantes à Diffa. A partir de mi-juillet le sable se couvre d’un gazon vert tendre et la température chute considérablement. C'est la période la plus
agréable pour travailler sur le terrain. La Komadougou Yobé (rivière faisant la frontière entre le Niger et le Nigeria), à sec depuis le mois de mai avance progressivement, comme la marée
montante. A la fin du mois elle remplit progressivement de nombreux bras morts et constitue alors un garde manger pour les poissons et les oiseaux.
L'école de Bagara avant et aprés la pluie.
La Komadougou Yobé est à sec en juin (ici à Bosso) et les
habitants creusent des puisards pour accéder à la nappe sous son lit. Ceci pose un problème sérieux de potabilité de l'eau. Fin juillet (ici à Diffa) cette même rivière doit être traversée avec
des bacs de fortune, ou bien en chevauchant une calebasse.
Les sédiments déposés au fond du Lac
sont les marqueurs des conditions climatiques passées. Les eaux souterraines ne peuvent être considérées comme des sédiments, mais leur composition fournit des renseignements sur leur age et sur
les conditions qui leur ont permis de s'infiltrer en profondeur. Nous avons contourné le Lac par le Nord de Bosso à N'Gugmi, Bol et N'Djamena dans le cadre d'une première mission exploratrice de
prise de contact et d'échantillonnages des eaux souterraines profondes et des sédiments du Lac
Le bon chargement du véhicule est capital : un carottier, de quoi échantillonner et filtrer les eaux, 2 roues de secours, de l'eau et du carburant en réserve, et toujours la nécessité d'être
léger pour bien passer sur le sable.
Baroua,
entre N'guigmi et Bosso est un gros bourg bien agréable pour une pause café. Ce village repose sur des sédiments lacustres, preuve que dans un passé récent, le Lac recouvrait la place actuelle du
village. La structure litée de ces sédiments constitue un 'code barre' ayant enregistré les conditions climatiques passées.
Enfin, dans la cuvette sud un peu au
nord de N'Djamena, les sédiments sont suffisamment mous pour que le carottier permette de remonter plusieurs carottes. La mission est un franc succès et cela se reflète sur les visages de
Florence et Pierre.
Maroua, à l’extrémité Nord du Nord Cameroun est loin de tout, à environ 1000 km de Yaoundé, et desservie de
manière tout à fait aléatoire par la Camair et différentes compagnies aériennes régionales. De Yaoundé, le mieux et de faire le trajet en véhicule. On peut aussi s’avancer jusqu’à Ngaoundere,
porte du Nord Cameroun (14 heures de train un peu aléatoires).
Ou bien on choisit d’atterrir à N’Djamena et d’arriver par le Nord et la plaine des Yaérés (4 heures, une fois passée la
frontière. Les Yaérés, c’est plat comme la main, avec quelques collines autour de Waza. La plaine des Yaérés est une zone humide pendant une partie de l’année sous l’effet de l’inondation par les
eaux du Mayo Tsanaga et du Logone. A cause de l’évaporation intense, l’inondation des Yaérés modifie le bilan hydrologique du Lac Tchad. Après le retrait des eaux, les argiles du sol conservent
longtemps l’humidité, ce qui autorise la culture de sorgho de décrue (ou mil rouge).
Maroua est arrosée en particulier par le Mayo Tsanaga qui prend naissance dans les monts Mandara, à la frontière avec le Nigeria. Les Mayos sont des torrents de montagne
jusqu’à leur arrivée dans la plaine. A cause de leur lit gravillonneux, ils infiltrent beaucoup d’eau vers la nappe. Cependant, si ce lit contient des niveaux imperméables, argileux par exemple,
l’infiltration de l’eau vers le sous-sol est ralentie. De tels lits argileux sont bien visibles à la hauteur de Maroua (il constituent le terrain de football des enfant car il sont lisses et horizontaux). Leur existence indique que dans le
passé le lit actuel du Mayo était un lieu de sédimentation calme, comme une mare, par exemple.
A Maroua même l’hôtel Porte Mayo constitue une étape agréable et gastronomique. C’est aussi une bonne salle de réunion en plain air pour des discussions interminables avec les collègues.
Présents au cours de cette mission:
François Delclaux (IRD, Hydrosciences)
Christian Seignobos (IRD, REFO)
Nadji Telro (Min. Environnement, Tchad)
Benjamin Ngounou Ngatcha (Université Ngaundere, N. Cameroun).
Compte rendu de mission par François Delclaux, IRD (email : delclaux@ird.fr)
Une mission hydrologique de 2 mois s'est déroulée à Maroua, dans l'Extrême Nord Cameroun. Cette mission s'inscrit dans les activités hydrologiques menées par l'UMR HydroSciences Montpellier dans
le Bassin du Lac Tchad. En effet, cette « vaste plaine inondable communiquant avec le Logone », appelée Yaéré dans la langue peule, intègre en partie les problèmes à résoudre pour
rendre compte de l'hydrologie à grande échelle du Bassin du Lac Tchad. Parmi ces problèmes, on peut citer :
écoulement des rivières dans un relief extrêmement plat;
recyclage important de l'eau des plaines inondées vers l'atmosphère par évaporation;
interaction d'une hydrologie locale (pluviométrie Yaéré) et régionale (débit amont du Logone) dans le processus d'inondation.
Par ailleurs, la richesse écologique du Yaéré, liée à cette inondation annuelle, permet à de nombreuses communautés de vivre des ressources naturelles que sont la pêche, l'élevage et
l'agriculture. C'est également dans cette zone que s'étend le Parc National de Waza. Cependant, cet écosystème est soumis à de nombreuses pressions, soit climatiques (grande variabilité
pluviométrique), soit anthropiques (aménagements hydrauliques, chenaux de pêche, voir Photos 1) et nécessite donc un suivi régulier.
Les chenaux creusés par les pécheurs modifient le régime hydrologique des Yaérés. A gauche: chenal en saison séche, au milieu: chenal ennoyé, à droite: pêche dans
un chenal.
Cette mission s'est articulée autour de 2 axes principaux.
Sur un plan institutionnel, de nombreux contacts ont été établis, non seulement avec des scientifiques des Universités de Yaoundé et N'Gaoundéré ainsi que le CEDC de Maroua, mais également avec
des organismes et associations très actifs dans l'Extrême Nord. On peut ainsi citer la CBLT, la SEMRY, l'UICN, l'ACEEN et la MIDIMA. Certaines de ces associations sont par ailleurs issues de la
dynamique du projet de réhabilitation Waza-Logone pilotée par l'UICN dans les années 90. Ce sont ces contacts qui ont permis de rassembler la documentation nécessaire, de découvrir
l'environnement et les enjeux sociaux très particuliers du Yaéré, et par la suite de participer à une mission de terrain d'une semaine dans la plaine inondée.
La deuxième partie a consisté à recueillir sur le terrain les informations nécessaires à la validation d'images satellite « Small Water Bodies » (http://geofront.vgt.vito.be) décrivant la dynamique de zones inondées à une fréquence décadaire. Les informations terrain (photos, points GPS, résultats
d'enquête) ont été comparées aux données satellite en prenant en compte les caractéristiques hydrologiques générales du Yaéré.
Certains sites ont permis de valider aisément les données satellite. Ainsi, sur la zone des rizières au nord du lac Maga, la succession des périodes de mise en eau, de croissance végétale et de
sol sec après récolte apparait très clairement sur la chronologie des images comme le montre la figure ci-dessous.
Évolution du signal Small Water Bodies (SWB) sur un pixel « rizière » au cours des des différentes phase de mise en culture. Les cultures ont lieu en
saison sèche, la récolte ayant lieu durant le mois de juin (barre rouge
Le signal satellite est également clair à l'exutoire des eaux du Yaéré, l'El Beïd à Tildé, où les images montrent la présence d'eau en 1999, 2001 et 2003 (cf. Figure 2) : ces zones inondées
correspondent aux seules années de la dernière décennie où le Logone a connu un débit supérieur à 1500 m3/s à la station de Bongor, valeur seuil au-delà de laquelle la crue est
suffisamment importante pour traverser la plaine jusqu'à son exutoire
Images SWB des étendues des surface d'eau libre (en bleu) et humide (en vert) dans la région d'El Beïd en décembre 1999, décembre 2001 et décembre 2003, de gauche à
droite
Les 3 signaux SWB détectés à El Beïd correspondent aux 3 années où le débit maximum du Logone à Bongor a dépassé le seuil de 1500 m3/s.
Sur d'autres sites, la validation du signal SWB est plus complexe. Par exemple, le bord sud du Lac Maga comporte une zone de mélange d'eau et de végétation, parfois exondée, fortement turbide en
période de pluie. Cette frange, riche en poissons comme le témoigne la présence de huttes de pêcheurs (Photo ci-contre) nécessiterait un suivi plus fréquent et l'intégration de données
supplémentaires.
La plaine du Yaéré, soumise au cycle saisonnier inondation/sècheresse, abrite une faune et une flore extrêmement riche. C'est une réserve écologique importante, au-delà des limites du Parc de
Waza. Par ailleurs, c'est un lieu où vivent et cohabitent des communautés différentes par leur origine ethnique et par leur utilisation des ressources, conduisant parfois à des tensions.
Cependant certaines initiatives locales, telle que la construction de la digue de Zilim à proximité d'Ivihé, apportent une solution aux intérêts apparemment contradictoires des pêcheurs et des
éleveurs.
L'hydrologie, par sa capacité à étudier les flux d'eau et à dissocier les effets anthropiques et climatiques, est incontournable pour diagnostiquer, et dans une certaine mesure, prévoir l'état
hydrique du Yaéré. Elle se heurte néanmoins à des difficultés d'acquisition et de traitement des données en raison d'un environnement difficile d'accès en saison des pluies, où tout déplacement
s'effectue en pirogue (cf. Photo 3), de son étendue et de son relief extrêmement plat où une simple diguette peut modifier les écoulements sur de grandes surfaces. Dans ces conditions, la
télédétection est un outil incontournable pour apporter des informations supplémentaires sur les processus hydrologiques du Yaéré.
Retrouvez la vidéo de la mission de Juin 2008 à Diffa, l'émerveillement devant les paysages et les gens de la région de Diffa, la vie au quotidien de la mission, et surtout l'aventure que
représente la premiere pluie après 8 mois de secheresse (dont 3 mois de canicule ayant affecté le début de la mission). Le montage a été effectué par Kostas Chalikakis (chalikakis@hmg.inpg.fr).
Le polder de Bosso présente une fertilité exceptionnelle, autorisant la culture de mais et de haricot en pleine saison sèche sans irrigation ni engrais. Il n'a pas
plu depuis plus de 6 mois, la température dépasse 40°C, comment s'explique ce miracle ? Quel est le statut de ces terres et par qui sont elles exploitées ? C'est l'objet de la mission récente
associant Johann Playe, géographe et Pierre Genthon, hydrogéologue.
Voici un an, nous avions creusé une fosse pédologique de 3 m de profondeur, mettant en évidence un sous sol assez
uniformément limono-argileux. Ces sédiments ont probablement été déposés au cours d'un période plus humide que l'actuel, alors que l'étendue du Lac Tchad était plus importante. Ce type de
sédiment produit des sols riches. Cette fois, nous avons mis en place 2 piézomètres et avons constaté avec surprise qu'alors que la nappe était à plus de 3 m sous le sol, l'intégralité du profil
traversé était humide, autorisant donc les plantes à venir chercher à faible profondeur l'eau nécessaires à leur croissance.
Les terres du polder de Bosso sont cultivées pour une grande part par des migrants provenant des villages alentour mais aussi de
l'ensemble du Niger et des pays voisins. Le droit de cultiver est attribué de manière coutumière par le représentant du chef de canton de Bosso en l'échange d'une partie de la récolte. Pour
autant, l'état est propriétaire de l'ensemble de ces terres recouvertes régulièrement par le Lac Tchad.
Comment s'explique la disponibilité en eau exceptionnelle dans le sous sol du polder ? Comment l'état va t il changer le statut
coutumier des terres disponibles suite aux aménagements prévus au polder ? Est-ce que nos observations au polder s'appliquent à l'ensemble des cultures de décrue du pourtour du Lac Tchad. Suite
après les campagnes futures, et en primeur sur over-blog !